Une créatrice de luminaires qui inonde les pièces de fleurs et de bulles, un designer de produit originaire du Midwest industriel américain animé par ses racines, un duo de cousins artistes auteurs de meubles sculpturaux en métal… tels sont les créateurs américains sélectionnés pour les Rising Talent Awards 2019.
PAR MAGAUX BRÉMOND

 

Organisés par Maison&Objet, le salon professionnel international du design, de la décoration et de l’art de vivre, les Rising Talent Awards mettent en lumière l’excellence des designers émergents dans des régions spécifiques du globe. Après des éditions consacrées à la créativité du Royaume-Uni, de l’Italie, du Liban et de la Chine, le jury s’est cette fois intéressé de près au design des États-Unis, et a sélectionné six entreprises ou créateurs individuels, aux talents exceptionnels et prometteurs. Leurs travaux occuperont une place de choix lors de la prochaine édition du salon qui se déroulera du 6 au 10 septembre 2019 au Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte. «Après l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie, nous avons voulu nous tourner vers une autre grande nation du design. L’immensité des États-Unis et leur diversité culturelle inspirent de fascinantes créations en matière de design, et nous sommes impatients d’accueillir à Paris en septembre la prochaine génération de designers et leurs influences», confie Philippe Brocart, Directeur général de SAFI, société organisatrice du salon.

DESIGN À L’AMÉRICAINE

decoAux États-Unis, pays immense aux visages variés, le design ne possède pas une identité nationale unique. Ses nombreuses ramifications culturelles forment un tissage complexe au cœur d’objets qui racontent une multitude d’histoires. En sillonnant ses espaces infinis, on y retrouve des thèmes récurrents. «La jeune génération de designers américains que nous rencontrons est en général très friande de création artisanale. Certains designers présentent leur propre petite série de travaux. Leur travail est tactile, centré sur la matière», indique Odile Hainaut, cofondatrice avec Claire Pijoulat de Wanted Design, un salon professionnel organisé chaque année à Manhattan et à Brooklyn.

ROSIE LI

decoEn 2011, Rosie Li, alors en dernière année à la Rhode Island School of Design (RISD), présente son projet de thèse à un groupe d’enseignants et de critiques invités. L’objet est une applique triangulaire inspirée de l’univers de l’artiste Frank Stella.

L’une des critiques présentes, la créatrice de luminaires Lindsey Adelman, est tellement subjuguée qu’elle prend une photo de l’objet et l’envoie à Jason Miller, un designer et fabricant de New York. «Ce moment a été le coup d’envoi de ma carrière dans le luminaire», se souvient Rosie Li, 30 ans. Jason Miller a non seulement fabriqué sa lampe, baptisée Stella, mais a aussi embauché sa prometteuse créatrice.

Aujourd’hui, Rosie Li travaille en toute indépendance à Brooklyn dans le design et la fabrication de luminaires décoratifs, principalement sur des thématiques végétales, frondes de palmier, fleurs de ginkgo ou feuilles de laurier. Sa dernière collection, Bubbly, réalisée en collaboration avec des souffleurs de verre, se caractérise par un mélange de sphères lumineuses et métalliques s’agglutinant dans des structures vertigineuses.

BAILEY FONTAINE

decoQuand Bailey Fontaine arrive à New York après ses études de design de produit à la School of the Art Institute de Chicago, il s’aperçoit vite que les lignes droites s’insinuent dans son travail. «Je suis sans doute le cent-millième designer qui dit être inspiré par les formations naturelles», ironise l’Américain de 23 ans, originaire d’une petite ville du Connecticut. Mais il est également le millionième à être influencé par le monde qui l’entoure, et notamment les lignes rigoureuses de sa mégalopole d’adoption. Sa spécialité ? Le mobilier sculptural.

Le jeune designer explore la matérialité du béton, de l’acier rouillé et de l’argile cellulosique dans de nombreux travaux : un lampadaire à l’apparence rongée et filiforme d’une sculpture de Giacometti, une table composée de fines couches de ciment empilées et aplaties comme de la pâte à tarte. «Je travaille beaucoup avec le ciment et le bois brûlé. Je suis particulièrement intéressé par ce langage de design lourd et quelque peu brutaliste, dont je cherche toutefois à accentuer la finesse par des découpes circulaires».

KIN & COMPANY

decoKira de Paola, 38 ans, a grandi en Californie, et Joseph Vidich, 41 ans, à Manhattan, mais les cousins se voient régulièrement à l’occasion de fêtes de famille. Lorque la jeune femme s’installe à New York, leurs univers se croisent et ils scellent alors leur lien professionnel par leur intérêt commun pour la conception et la fabrication de mobilier. Il y a quelques années, les deux cousins se lancent dans la fabrication de pièces tectoniques. En 2017, ils créent à partir d’un même modèle de plaque de métal industrielle soumise à un jeu de pliage particulier une chaise dont le dossier repose à même le mur et une table basse en inversant le sens du pliage de la plaque.

«Notre travail est devenu plus sculptural», précise Kira de Paola. Dernièrement, les deux cousins sont revenus à leurs racines picturales et artistiques académiques en se livrant à des expériences sur les effets de patine pour créer plusieurs nuances de rouille et de vertdegris, et en mariant l’acier et le marbre, comme en témoigne leur table Crescent, où ces deux matériaux fusionnent.